Rééditions
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"Nuclear War"
Unheard Music/Atavistic
Sun Ra a marqué le siècle dernier de sa faste production et pourtant jamais, de son vivant, il n’eut la reconnaissance qu’il mérite sinon d’avant-gardistes de tous bords, bidouilleurs de synthés et autres visionnaires précoces. Attention, Nuclear War n’est pas un pamphlet sur fond de catastrophisme no future. C’est le nom du titre majeur dont il faut savoir que Sun Ra l’avait proposé à Sony, alors en plein surf sur la (lucrative) vague du jazz-funk, et qui le refusa. Déception du pianiste qui y voyait un "funky dance track"… À vous d’en juger. Sur les autres titres, il appose sa touche unique : harmonies modales au synthé, rythme swing parfois imprécis (Celestial Love), thèmes écorchés ou réharmonisés (Drop Me Off In Harlem). Point d’orgue avec la reprise de Smile de Chaplin, chantée, comme Sometimes I’m Happy, par l’étonnante June Tyson. Jusqu’à sa mort dans les années 90, Sun Ra aura cultivé un jazz très personnel, habité de ses conceptions ésoteriques qu’il appliquait aussi à la peinture, la poésie ou les arts vivants. Nuclear War sort du lot, et peut-être est-ce cela qui le rend si bon.
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"Cry Tough"
Heartbeat Records
Alton Ellis est sans conteste un pionnier de la musique jamaïcaine :
pianiste et chanteur, il importa des États-Unis le son "soul" façon Sam
& Dave en l’adaptant au riddim local du moment, le ska. La légende
veut qu’en pleine session, en l’absence du bassiste, Ellis demande au
clavier de jouer la partie de basse à la main gauche en même temps que
celle du piano. Ce qui fut fait à la condition de baisser le tempo. Le
rocksteady était né, plus lent, plus sensuel et surtout plus compatible
avec la soul. Ce nouveau style, toujours dansant, se répandit dès lors
comme une traînée de poudre, et Alton Ellis en devint l’icône. Cry Tough rassemble entre autres All My Tears Come Rolling qui sera un de ses hits les plus fameux, en plus des deux duos avec Phyllis Dillon I’m Just A Guy et Why Did You Leave Me To Cry. Des titres comme Ain’t That Lovin’ You ou Remember That Sunday
l’imposeront comme un légitime soulman au pays des rastas, et comme le
chaînon manquant entre les Skatalites et Bob Marley, derrière lequel il
s’effacera au début des 70’s, inévitablement…
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À télécharger en priorité : All My Tears Come Rolling, I’m Just A Guy, Why Did You Leave Me To Cry, Ain’t That Lovin’ You, Remember That Sunday et What Does It Take.
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À télécharger en priorité : All My Tears Come Rolling, I’m Just A Guy, Why Did You Leave Me To Cry, Ain’t That Lovin’ You, Remember That Sunday et What Does It Take.
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Out Of Nowhere
Candid Records
Don Ellis est certes sorti de nulle part quand Out Of Nowhere paraît en 1961… Mais ce quasi-inconnu a déjà tout d’illustre puisque ce second opus pose les fondations d’une quête musicale qui va durer jusqu’à sa mort : innovation, prise de risques, mélange des genres et goût immodéré pour des arrangements et des harmonies que seuls, lui et sa trompette à quatre pistons (pour jouer les quarts de ton) peuvent se permettre. C’est un pied de nez envoyé aux réacs du jazz, d’abord par l’absence totale de batterie : la version de Just One Of Those Things est jouée en solo, All The Things You Are en duo avec Steve Swallow à la contrebasse et My Funny Valentine avec Paul Bley au piano. Car ce disque de standards s’inscrit, effrontément, dans la non-tradition du jazz modal voire free. Don Ellis semble ne jamais arriver à satiété dans sa démarche d’exploration, et la suite de sa courte carrière en apporte suffisamment de preuves. Out Of Nowhere est moderne puisque quarante ans après, aucun des titres n’a perdu de son mordant.
Binge
À télécharger en priorité : All The Things You Are, You Stepped Out Of A Dream, Just One Of Those Things My Funny Valentine et Out Of Nowhere.
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"Out To Lunch"
Blue Note/EMI
À la flûte comme à la clarinette basse ou à l’alto, Dolphy s’est
attiré les bons auspices des plus grands jazzmen de son époque :
Ornette Coleman, Charles Mingus, John Coltrane ont vite cerné les
possibilités infinies qu’il avait sur ses instruments. On lui attribue
l’étiquette "free jazz", mais un free jazz pensé, personnel, développé
à l’instinct, et non pas juste une suite de "bonnes fausses notes"…
Dans Out To Lunch (1964), Dolphy aligne une jolie brochette de
sidemen : Tony Williams (batterie) et Bobby Hutcherson (vibraphone)
alimentent les thèmes avec une subtilité et un sens illustratif
incontestables ; ajoutons la contrebasse de Richard Davis et la
trompette de Freddie Hubbard qui répond avec justesse aux débordements
sonores de Dolphy, dont le goût pour les thèmes hirsutes (Gazzelloni, Straight Up And Down)
n’est jusqu’alors jamais apparu aussi évident. Comme Roland Kirk, Eric
Dolphy est passé comme une étoile dans le ciel du jazz, mais s’est
éteint trop vite, quelques mois après ce génialissime album.
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"The Inflated Tear"
Atlantic/WEA
Multi saxophoniste (il en jouait trois simultanément), parmi les
premiers flûtistes chantonneurs (en même temps), ce jazzman mélomane
amateur de Sidney Bechet comme d?Edgar Varèse est le précurseur d?un
grand mix essentiel entre tradition et innovation. Pas besoin d?aller
plus loin que le premier titre, The Black And Crazy Blues, pour
que cela saute aux oreilles. Plus qu?un blues tordu, cette lumineuse
marche funèbre évocatrice de celles de la Nouvelle-Orléans, est surtout
une immédiatement mémorable composition de Rahsaan Roland Kirk. Pas
loin de Monk, épure-audace-jouissance, le musicien, d?un souffle
continu dont il a été aussi l?un des précurseurs, expire son âme
savante et généreuse en vertigineuse spirale mélodique. Vous y avez
goûté, le gros noir aveugle à l?énergie ravageuse vous fait le coup de
la flûte enchantée dès le deuxième round qui débute sur ce qu?on
n?appelait pas encore un sample de voix enfantine. Direction Mozart
côté black Jack, le flûtiste acrobate rebondit sur une trame
rythme-harmonie-ritournelle qui s?auto-emballe parce que l?instant de
bonheur est incandescent. La suite est à la mesure. Disparu au début
des années punk dont il aurait pu apprécier le joyeux bordel, Rahsaan
Roland Kirk donne aujourd?hui à entendre l?essence du jazz, entre club
des bas-fonds et ambition musicale vers le haut. Paix à ses sax.
Olivier Garcia
À télécharger en priorité : The Black And Crazy Blues et A Laugh For Rory.
Olivier Garcia
À télécharger en priorité : The Black And Crazy Blues et A Laugh For Rory.