Blues / Jazz
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"The Heritage Orchestra"
Brownswood Recordings/V2 Music
En grand fan de Cinematic Orchestra, il n’est pas étonnant de voir le DJ Gilles Peterson publier sur son nouveau label discographique l’album de The Heritage Orchestra. Invité dans son émission "Worldwide" sur Radio 1, le groupe figure sur la compilation The BBC Sessions. De plus, même si les morceaux vocaux (Sky Breaks) évoquent Zero Seven, la filiation de cette formation anglaise avec celle conduite par Jonathan Swincoe est manifeste. Ici aussi les cordes et les cuivres se répondent à qui mieux mieux. Normal quand on sait que The Heritage Orchestra, fondé par Chris Wheeler et Jules Buckley, compte plus de quarante personnes sur scène. Les amateurs de Ninja Tune (au hasard, les acheteurs du dernier Bonobo) et les habitués des rayons jazz devraient faire cause commune pour soutenir cet album d’exception. On n’attend plus qu’une chose : les entendre en live.
Jean-Marc Grosdemouge
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Titres gratuits/streaming
"Prepare Me Well"
Telarc Records
Payez-vous un road-trip dans l’outback australien en compagnie de Jeff Lang, bluesman moderne à la barbe fournie et au costume trois pièces impec. Un peu comme sa musique, animale, virile, mais encadrée par une technique quasi-parfaite, avec quelques touches bien déjantées. Quasi, car ce trublion sait jouer sale et il aime ça. Après écoute, on a des brins de paille dans les cheveux et la bouche pleine de poussière. Jeff a plus d’un tour dans sa poche revolver. À l’aise avec n’importe quelle guitare (ses parties tapping ou picking au bottleneck sont ahurissantes), c’est sa voix qui tient de valeur ajoutée : tantôt blues urbain (Too Easy To Kill), folk rural (The Save) ou ballade country (London), on reste dans le même concept grands espaces tout du long. Molasses And Stones invite aussi au voyage avec ses accents celtiques. Malgré l’influence non dissimulée de Johnny Cash, Skip James, Bob Dylan, Captain Beefheart ou encore le John Butler Trio, le blues roots de Jeff Lang est simplement incomparable.
Binge
Titres à écouter en priorité : Too Easy To Kill, The Save, Molasses And Stones et London.
Binge
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"Nuclear War"
Unheard Music/Atavistic
Sun Ra a marqué le siècle dernier de sa faste production et pourtant jamais, de son vivant, il n’eut la reconnaissance qu’il mérite sinon d’avant-gardistes de tous bords, bidouilleurs de synthés et autres visionnaires précoces. Attention, Nuclear War n’est pas un pamphlet sur fond de catastrophisme no future. C’est le nom du titre majeur dont il faut savoir que Sun Ra l’avait proposé à Sony, alors en plein surf sur la (lucrative) vague du jazz-funk, et qui le refusa. Déception du pianiste qui y voyait un "funky dance track"… À vous d’en juger. Sur les autres titres, il appose sa touche unique : harmonies modales au synthé, rythme swing parfois imprécis (Celestial Love), thèmes écorchés ou réharmonisés (Drop Me Off In Harlem). Point d’orgue avec la reprise de Smile de Chaplin, chantée, comme Sometimes I’m Happy, par l’étonnante June Tyson. Jusqu’à sa mort dans les années 90, Sun Ra aura cultivé un jazz très personnel, habité de ses conceptions ésoteriques qu’il appliquait aussi à la peinture, la poésie ou les arts vivants. Nuclear War sort du lot, et peut-être est-ce cela qui le rend si bon.
Binge
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Out Of Nowhere
Candid Records
Don Ellis est certes sorti de nulle part quand Out Of Nowhere paraît en 1961… Mais ce quasi-inconnu a déjà tout d’illustre puisque ce second opus pose les fondations d’une quête musicale qui va durer jusqu’à sa mort : innovation, prise de risques, mélange des genres et goût immodéré pour des arrangements et des harmonies que seuls, lui et sa trompette à quatre pistons (pour jouer les quarts de ton) peuvent se permettre. C’est un pied de nez envoyé aux réacs du jazz, d’abord par l’absence totale de batterie : la version de Just One Of Those Things est jouée en solo, All The Things You Are en duo avec Steve Swallow à la contrebasse et My Funny Valentine avec Paul Bley au piano. Car ce disque de standards s’inscrit, effrontément, dans la non-tradition du jazz modal voire free. Don Ellis semble ne jamais arriver à satiété dans sa démarche d’exploration, et la suite de sa courte carrière en apporte suffisamment de preuves. Out Of Nowhere est moderne puisque quarante ans après, aucun des titres n’a perdu de son mordant.
Binge
À télécharger en priorité : All The Things You Are, You Stepped Out Of A Dream, Just One Of Those Things My Funny Valentine et Out Of Nowhere.
Binge
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"Out To Lunch"
Blue Note/EMI
À la flûte comme à la clarinette basse ou à l’alto, Dolphy s’est
attiré les bons auspices des plus grands jazzmen de son époque :
Ornette Coleman, Charles Mingus, John Coltrane ont vite cerné les
possibilités infinies qu’il avait sur ses instruments. On lui attribue
l’étiquette "free jazz", mais un free jazz pensé, personnel, développé
à l’instinct, et non pas juste une suite de "bonnes fausses notes"…
Dans Out To Lunch (1964), Dolphy aligne une jolie brochette de
sidemen : Tony Williams (batterie) et Bobby Hutcherson (vibraphone)
alimentent les thèmes avec une subtilité et un sens illustratif
incontestables ; ajoutons la contrebasse de Richard Davis et la
trompette de Freddie Hubbard qui répond avec justesse aux débordements
sonores de Dolphy, dont le goût pour les thèmes hirsutes (Gazzelloni, Straight Up And Down)
n’est jusqu’alors jamais apparu aussi évident. Comme Roland Kirk, Eric
Dolphy est passé comme une étoile dans le ciel du jazz, mais s’est
éteint trop vite, quelques mois après ce génialissime album.
Binge
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